Salil Shetty

Discours de M. Salil Shetty, Secrétaire Général d'Amnesty International lors de la Séance plénière d’ouverture du Sommet des Nations unies pour l’adoption du programme de développement pour l’après-2015, 25 septembre 2015

Merci Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les dirigeants,

Je prends la parole aujourd'hui au nom du mouvement mondial d'Amnesty International, qui regroupe plus de sept millions de personnes, et au nom de nombreuses organisations indépendantes de la société civile de la planète.

Tout d'abord, je tiens à vous féliciter pour les progrès remarquables que le monde a accomplis grâce aux Objectifs du Millénaire pour le développement.

Cependant, une interrogation revient de plus en plus souvent : il semble que le monde ne tourne plus rond. On peut se rallier à cet avis. Des centaines de millions de personnes vivent toujours dans la pauvreté. Trop nombreux sont ceux, notamment les femmes et les filles, qui subissent régulièrement des violences et de multiples violations des droits humains.

L'inégalité, l'injustice, les destructions de l'environnement et la corruption composent un cocktail toxique. Les gouvernements et les grandes entreprises n'inspirent plus guère confiance et les jeunes du monde entier se mobilisent pour protester. Des conflits ravagent des communautés et des pays entiers, alimentant la plus grave crise globale des réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale.

L'histoire d'Alan Kurdi, ce petit garçon syrien de trois ans dont le corps sans vie échoué sur une plage a choqué le monde entier, résume cette situation. Nous ne pouvons ignorer la réalité du monde dans lequel nous vivons.

Et puis... il y a le monde que nous voulons, le monde qu'incarnent les Objectifs de développement durable.

Difficile de reprocher aux citoyens leur scepticisme face à une nouvelle Déclaration d'un nouveau Sommet.

Il y a un fossé entre le monde dans lequel nous vivons et le monde que nous voulons.

Pourtant, les Objectifs de développement durable représentent les aspirations et les droits des citoyens qui peuvent et doivent être réalisés.

Je propose quatre tests en vue d'accomplir ces objectifs et de donner tort aux sceptiques :

1.        Premièrement, le test de l’appropriation. Pour le réussir, il est primordial que les populations pauvres et marginalisées soient les principaux décideurs, à chaque étape. Les Objectifs de développement durable doivent être intégrés et financés dans le cadre de programmes et de budgets locaux et nationaux, et ils doivent être mis en œuvre dans le respect des obligations relatives aux droits humains existantes.

2.      Deuxièmement, le test de l'obligation de rendre des comptes. Les populations doivent savoir exactement ce que les gouvernements promettent et ce qu'ils accomplissent – c'est le droit à l'information. Et si les gouvernements ne tiennent pas leurs engagements, il faut pouvoir leur demander de rendre des comptes par l'intermédiaire de mécanismes indépendants. Ils ne peuvent plus se contenter de proclamer leur légitimité au motif qu'ils ont été élus ou ont un mandat. Ils doivent être amenés en permanence à rendre des comptes directement à la population.

3.       Troisièmement, le test de la non-discrimination. Soyons clairs. Ne laisser personne en marge ne se fera pas sans remettre en cause les structures du pouvoir et faire respecter l'état de droit. L'inégalité découle en grande partie de la discrimination et l’exclusion fondées sur le genre, l'appartenance et l'origine ethniques, la couleur de peau, la religion et tout autre caractéristique. L’inégalité est la conséquence de l'incapacité à protéger les droits des personnes marginalisées, des peuples autochtones, des minorités, des migrants, des personnes souffrant de handicaps, des enfants et des personnes âgées.

4.      Quatrièmement, ce que nous pourrions appeler le test de cohérence. Nous connaissons des pays pouvant se prévaloir de l'un des meilleurs résultats concernant les Objectifs du Millénaire pour le développement et où, pourtant, l'indignation face aux violations persistantes des droits humains s'y est muée en révolution. Pourquoi ? Parce que la vie des citoyens n'est pas divisée en catégories – développement, environnement, paix, droits humains ; seules les bureaucraties le sont. La cohérence est essentielle.

Vous ne pouvez pas affirmer soutenir le développement durable, tout en rechignant à réduire la consommation des riches ou à favoriser le transfert de technologies. Prôner les droits humains, tout en instaurant la surveillance de masse. Donner des leçons en matière de paix, tout en faisant partie des plus grands producteurs d'armes de la planète. Vous ne pouvez pas autoriser vos entreprises à profiter des niches financières et fiscales, tout en vitupérant contre la corruption. Vous ne pouvez pas adopter les Objectifs de développement durable au nom du développement et, parallèlement, attaquer et arrêter des manifestants et des dissidents pacifiques. Vous ne pouvez pas donner le coup d'envoi de ces Objectifs de développement tout en refusant aux réfugiés une voie d'accès sûre et légale, une vie dans la dignité.

XXXTrès chers dirigeants,

Les Objectifs de développement durable sont une boussole pour des emplois décents, pour la justice, pour l'humanité. En tant que membres de la société civile, nous serons toujours aux côté[s] des pauvres et des marginalisés. Et nous demanderons des comptes aux gouvernements et aux entreprises.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté hier soir pour que les Objectifs de développement durable « éclairent le chemin ». Elles attendent de vous un leadership authentique, une direction empreinte d'intégrité, qui vienne du cœur. Je suis convaincu que vous serez à la hauteur de leurs espoirs.

Je vous remercie.

 

(Seule la version orale fait foi.)

Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International

Séance plénière d’ouverture

Sommet des Nations unies pour l’adoption du programme de développement pour l’après-2015, 25 septembre 2015

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